Vous êtes ici : Accueil > APEHVT, association de parents d’élèves du Haut Val Terbi > L’école est faite pour les enfants, un rappel de Michel (...)
Par : APEHVT
Publié : 30 octobre 2008

L’école est faite pour les enfants, un rappel de Michel Girardin

Lors de la séance constitutive de l’APEHVT, Michel Girardin a donné son avis sur la question des transports d’élèves, particulièrement les plus jeunes.

Le système scolaire a été créé POUR les enfants !

Michel Girardin : pour l’APEHVT le 22 octobre 2008

Lorsque le petit d’homme arrive dans notre monde, il subit un choc tel que les psychologues l’ont nommé « traumatisme de la naissance ». Flottant en état d’apesanteur, régulièrement balancé dans le liquide amniotique à 37° durant plusieurs mois, bercé par le flux et le reflux de l’air dans les poumons de sa mère et constamment tenu dans le tempo de son rythme cardiaque, il dispose de TOUT, y compris de la nourriture apportée par le cordon ombilical et cela EN PERMANENCE. Il se trouve si bien qu’il lui arrive même, dès le 8e mois, de sucer son pouce en s’habituant à entendre la voix de sa mère, puis celle de son père, un octave plus bas.

Le choc de la naissance est brutal : il doit déplier ses poumons, mobiliser son diaphragme pour pouvoir respirer, passer à une température ambiante de 24°. Le bercement devient intermittent, puis cesse durant plusieurs heures. Tous les bruits sont amplifiés et la lumière est souvent aveuglante pour une rétine très sensible. La sensation de faim se réveille … sans pouvoir être satisfaite dans l’immédiat. Il avait TOUT et TOUT DE SUITE.
Il va devoir, peu à peu, et dans l’insatisfaction continuelle se contenter d’avoir DE TOUT UN PEU et cela PEU À PEU.

De cette situation de frustrations répétées, le petit d’homme ne se remettra jamais complètement. Plusieurs années plus tard, devenus adolescents, puis adultes, certains continueront et tenteront, en vain, de retrouver le TOUT et TOUT DE SUITE. Ses parents puis ses éducateurs auront la tâche difficile de le confronter, insensiblement mais inéluctablement, à des situations de frustration qui lui occasionneront du désagrément, et parfois une véritable souffrance. Et c’est parce que l’enfant perçoit l’amour inconditionnel que ses parents lui portent qu’il est capable de surmonter cette épreuve et d’accéder ainsi, grâce à eux à l’état d’un adulte qui a saisi, au plus profond de lui, la nécessité de la Loi. C’est la condition d’une éducation réussie : passer de la tyrannie de la toute-puissance (« TOUT et TOUT DE SUITE ») à l’acceptation de la Loi qui protège.
Cela engendre des difficultés sans nombre et l’enfant doit constamment s’adapter à des situations nouvelles et il est soumis à ce que tout être humain subit régulièrement : le stress, cet effort constant d’adaptation. L’enfant n’y échappe pas. Encore faut-il qu’il ne le subisse pas avec excès et à doses répétées.

Le système scolaire va, inévitablement, causer du stress à l’enfant. Mais, placé dans un environnement sécurisant, bénéficiant de points de repères stables, assuré de la bienveillance de ses éducateurs, il va pouvoir franchir victorieusement les étapes de son développement, mesurer ses progrès et acquérir peu à peu la confiance en soi, puis l’estime de soi.

Cependant, on ne décrète pas le rythme de développement d’un être humain. Chaque enfant est unique et avance dans ses conquêtes à un rythme irrégulier. Il est impossible d’accélérer la vitesse de mise en place de son intelligence. Le grand savant Piaget, à Genève, n’a pas cessé de le répéter il y a 50 ans à ses collègues américains, toujours pressés et avides de records. Les jeunes enfants, et ceci jusqu’à 11 – 12 ans, n’ont pas encore construit leurs capacités de déduire, d’inférer, d’émettre des hypothèses puis de les accepter ou de les réfuter au moyen d’arguments logiques. Lorsqu’au stress scolaire habituel s’ajoutent des changements répétés, rapides et intenses, ils perdent leurs points de repères, sans comprendre (ce que les adultes comprennent eux illico !) ce qui leur arrive. Le seul moyen à leur disposition dans ces situations-là est l’agitation, l’agressivité, les cris, les invectives avec l’espoir inconscient de retrouver la sensation de toute-puissance dont ils rêvent encore. D’où l’agitation permanente dans les moyens de transport et les conduites d’agression et de racket : ils se libèrent d’un inconfort majeur généré par un stress excessif.

Ce n’est pas à l’enfant (et par voie de conséquences à ses parents) de s’adapter au système scolaire, surtout lorsque celui-ci est mû par la volonté annoncée de faire des économies. C’est, au contraire, à l’école de se mettre au diapason de l’enfant, de respecter ses étapes de développement, de lui fournir des repères stables, de le placer dans les meilleures conditions d’apprentissage possibles, donc de diminuer au maximum les occasions d’augmenter son stress lors de changements répétés d’enseignants, de locaux ou lors de fréquents déplacements.

L’Ecole a été faite POUR les enfants et nous avons à veiller à ce que ce ne soit pas aux enfants de s’adapter, coûte que coûte, aux mesures d’économie que tentent d’imposer les technocrates fascinés par la réussite du système industriel. Ils continuent à gérer le système scolaire selon les mêmes critères, avec le même vocabulaire et les mêmes exigences de rentabilité, à tout prix.

Rousseau, Pestalozzi, Piaget, Dolto, au secours ! Revenez ! Ils ne savent pas où ils sont en train de conduire nos enfants.

Michel Giardin
22 octobre 2008


Le document à télécharger en PDF

PDF - 55.3 ko
Michel Girardin, 22_10_08