Fleury-Bordgeais
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Louis Joseph Fleury, fils de François Louis, 5.11.1897 - 19.2.1976
Article mis en ligne le 19 août 2006
dernière modification le 2 août 2008

par LJF

Marié à

Jeanne, née Rottet, de Corban, née le 14.12.1902, décédée XXX

Pas d’enfant


Après l’école primaire, Louis a travaillé dans l’horlogerie à Mervelier, tout en aidant aux travaux domestiques de la famille.

Lors de son mariage avec Jeanne Rottet, le couple a habité durant quelques années à Corban, puis il revint à Mervelier.

Après avoir vécu dans différents logements, il devint propriétaire du domaine paternel après le décès, en 1949, de son frère Olivier Fleury.

Il exploita ce domaine avec son autre frère Paul Fleury.

De santé assez délicate durant les premières années de son mariage, il devint plus robuste par la suite.

Le couple n’eut pas la joie d’avoir des enfants.

Louis est décédé en février 1976 à l’hôpital de Delémont, des suites d’une intervention chirurgicale.

Il était âgé de 79 ans.



Un portrait d’oncle Louis


Oncle Louis ?

Ah, le Louis chez la Jeanne, l’oncle Louis, un personnage !

Grand, tout blanc, une large ceinture qui se battait avec une taille imposante, le pas retenu, il préférait se déplacer à vélo et surtout dès l’avénement des « trente à l’heure », en mobylette à friction. Il pétaradait pour rejoindre le Paul aux champs.

Louis l’aîné et Paul son frère cadet formaient un duo digne du cinéma. Cheveux blancs et cheveux noirs, non seulement les tailles étaient contraire, grand enveloppé et petit sec, mais les caractères aussi, l’un aimant rire, l’autre toujours sérieux. Cela donnait des tableaux dignes de Pagnol !
Si Paul s’inscrivait dans la tradition et aurait parfaitement tenu son rôle deux siècles plus tôt, Louis, lui, regardait l’avenir du monde.

Il travaillait l’horlogerie, son regard perçant était habitué au micros et ses mains faisaient plus facilement danser les engrenages microscopiques et les échappements plutôt que les fourches et les bottes de foin. Quand il attendait qu’un voisin vienne faucher avec son tracteur et qu’on lui demandait pourquoi il n’utilisait pas la faucheuse soigneusement préparée par Paul et la paire de chevaux qui piaffaient d’impatience il répondait : « Qu’est-ce que tu veux, quand je le vois faire si facilement avec son tracteur, cela me coupe les bras ! »

Il n’était pas souvent là pour les travaux des champs, son travail le retenait à l’établi. Il faisait les commentaires, le soir, en rentrant à la ferme.
Rien ne lui échappait. Il avait l’oeil, une excellente vision qui lui avait permis jadis de devenir roi du tir du Val Terbi.

Il aimait rire et il possédait un humour à froid qui faisait gentiment mouche. Pour lui, entretenir le réseau des amis était important. Refaire le monde, à la Truite ou à la Couronne, en échangeant avec des complices tout aussi fûtés qu’amateurs d’un petit coup de rouge faisait partie du savoir vivre élémentaire.

C’était aussi une manière de voir le monde sans les commentaires de sa Jeanne. Elle détestait le voir plaisanter en tout bien tout honneur avec une demoiselle ou une jeune dame de passage.

Il s’intéressait à toutes les nouvelles techniques et faute de s’équiper puisque la grandeur du domaine ne le justifiait pas, il trouvait toujours le Georges, ou le Clément ou même le Fernand de Courchapoix pour venir régler une tâche avec un équipement dernier cri. Tout ceci était construit sur des échanges subtiles, des locations de terres à envisager, des services à rendre ou à recevoir.

Louis n’a pas eu une vie facile. Aîné du premier mariage du grand-père Louis Bordgeais, il a vu naître une soeur ..., puis mourir sa maman à la naissance de son petit frère Sosthène avec lequel il n’a pratiquement pas vécu.
Une deuxième famille est venue s’ajouter après le remariage du grand-père avec Thérèse Frund. D’autres frères et soeur sont venus peupler la ferme. Joseph, celui qui deviendra curé de Delémont, l’aîné du deuxième lit a très vite occupé une place importante.

Louis s’est marié avec Jeanne Rottet, de Corban. Il est allé habiter à Corban, puis il est revenu à Mervelier et a acheté deux petites maisons, au Cornat des Chèvres qu’il a commencé de transformer.

Mais à la mort de son frère Olivier - celui qui avait repris la ferme, avec le grand-père, sa soeur Fernande et son frère Paul - Joseph, le curé-doyen de Delémont qui occupait la fonction de patriarche de la famille, lui a fermement demandé de venir remplacer Olivier.

Bon gré mal gré, surtout du côté de Jeanne, son épouse, Louis a obtempéré. Il a ainsi repris le train de paysan à côté de son métier d’horloger et à la place des enfants qu’il n’avait pas, il s’est occupé de son père, de son frère et de sa soeur.

Jeanne, qui avait subi une grave opération et qui avait failli décéder, a reporté son sens de la famille sur Fernande surtout et d’une façon toute particulière sur Paul.

Louis et son père n’ont pas vécu longtemps ensemble. Le grand-père Louis est mort une année après son fils Olivier.
Il devait d’ailleurs y avoir quelques tensions entre le père et son premier fils. Quand on louait la réputation de quasi-vétérinaire acquise par le grand-père Louis, Louis son fils déclarait d’une manière définitive « Il a assez fait crever de vaches pour savoir comment elles sont faites ! ».

Louis aurait bien voulu avoir des fils. Il reportait son affection sur ses neveux, sur Josi surtout, le fils de son frère Sosthène, le premier garçon de la génération suivante.
Josi habitait de l’autre côté de la route, juste en face et il était le premier appelé quand les bras de Paul ne suffisaient pas à la tâche.

Louis avait soif de voir le monde et il ne ratait pas les occasions de sortir en voiture avec un cousin, une nièce ou un neveu.

Il adorait retourner, bien assis, sur des lieux qu’il n’avait plus revus depuis sa jeunesse.
Au tournant des années cinquante et soixante, Louis regardait vers l’avenir. Pour lui le passé était synonyme de lutte pour survivre, d’énergie dépensée, de fatigue inutile. Né quelques années plus tard, il aurait donné à sa vie une toute autre orientation.

Malgré cela, il prenait la vie du bon côté et ne manquait jamais de rire et il fallait reconnaître qu’il se mettait parfois dans des situations cocasses.

Jeanne dirigeait les affaires, mais par délégation de pouvoir à son mari Louis. C’est lui qui descendait vendre les petits cochons à la foire de Delémont.

Je me souviens d’une histoire incroyable. J’avais quelque quatorze ans et en remontant par hasard le long de la foire aux bêtes, je tombe sur oncle Louis, tout énervé qui essayait de récupérer un petit cochon échappé de sa caisse. Louis marchait difficilement et le cochon galopait joyeusement. Oncle Louis m’aperçoit et me crie « Attrape-le ! Ramène-le moi ! Dépêche-toi, il se sauve ! » Un ordre pareil, cela ne se discute pas. Je n’avais jamais tenu un goret mais me voilà en train de courir derrière un animal qui manifestement appréciait la liberté. De la tour de la prison, le voici qui remonte vers Montcroix à toute allure. Il échappe à une première tentative de capture et file résolument vers le couvent des Capucins. Cette fois, je le tiens, il est dans une voie sans issue ... et bien non, la porte du couvent s’ouvre et mon cochon entre résolument dans les corridors, en s’annonçant avec des couinements retentissants qui vont encore augmenter quand enfin j’ai pu le coincer entre deux portes.

Je me suis retrouvé, un cochon dans les bras, à redescendre vers mes copains et surtout vers un Oncle Louis qui arborait un large sourire : l’épisode était des plus comiques et le cochon sain et sauf dans sa caisse !

On pouvait donc se remettre de ses émotions au bistrot du coin !

Louis-Joseph Fleury, septembre 2006


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